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Bâti 2030 Les enjeux du bâtiment, aujourd’hui et demain !

Qui l’eût cru il y a à peine une décennie ? Un téléphone pour gérer sa maison ?! 

(source : lesnumeriques.com)

Si la domotique existe depuis de nombreuses années, elle connait actuellement une révolution importante : l’arrivée des géants de la high tech (Google, Samsung et Apple), s’emparant graduellement d’un marché en ébullition tout en se livrant une lutte sans merci pour équiper les maisons du futur. Néanmoins, derrière la démocratisation du contrôle des objets connectés, il faut bien avoir en tête que plusieurs révolutions sont en gestation : pour le client d’une part, qui verra sa vie simplifiée, et pour les entreprises du secteur (les historiques comme les nouveaux entrants), qui devront définir les frontières d’un nouvel environnement. 

La domotique, kesako ? 

Concrètement, la domotique correspond à l’ensemble des technologies de l’électronique, de l’information et des télécommunications utilisées dans les domiciles. Ces technologies ont pour but d’assurer des fonctions de sécurité, de confort, de gestion d’énergie et de communication qui peuvent se trouver dans une maison. Littéralement, le mot domotique vient du latindomus, qui signifie la maison, et par analogie avec électronique. Cette simple analyse étymologique montre bien que ces deux mondes sont aujourd’hui liés.

Ainsi, le terme domotique est apparu au début des années 1980 et a suscité beaucoup de fantasmes, beaucoup trop même. En effet, lorsque les responsables administratifs et les grands groupes non spécialisés entendent parler du concept, ils ne peuvent s’empêcher de l’évoquer et de faire rêver le grand public, arguant que la domotique apportera sous peu des services révolutionnaires dans la maison. Or, la technologie ne suit pas encore, la domotique est encore balbutiante, si bien que l’engouement s’estompe.

 

Une étape importante a lieu en janvier 1987, date à laquelle Thomson lance le premier système domotique : le Sécuriscan. Présenté sous forme d’une centrale munie de périphériques, le Sécuriscan assurait avant tout la sécurité de la maison, ainsi que certains automatismes ménagers, et ce pour un prix de 20 000 francs (environ 3 000 euros). Hélas, ce système est arrivé trop tôt et ne s’est jamais imposé pour deux raisons : d’une part, les transmissions par courant porteurs n’étaient pas assez fiables, et d’autre part, l’architecture centralisée posait des problèmes d’ergonomie.

Après une longue traversée du désert, la domotique est depuis quelques années prête à se démocratiser. A l’heure du tout numérique, de la fibre, de la 4G… la majeure partie des contraintes d’avant n’existent plus et de nombreux services voient le jour : la domotique permet désormais de gérer ses volets et sa télévision depuis son lieu de vacances, afin de faire croire à une présence humaine et éloigner les cambrioleurs, de faire couler son bain, de ventiler automatiquement de façon intelligente en liant thermostat et fenêtres… Bref, la domotique promet maintenant, et pour de bon, de révolutionner l’habitat. Au point d’attirer des convoitises. 

Quels acteurs pour la domotique ? 

Alors qu’elle n’en était qu’à ses balbutiements, la domotique était avant tout une affaire de spécialistes (Thompson, Hestia, Legrand ou encore Somfy). Aujourd’hui, attirés par les perspectives de croissance, de nombreux acteurs s’intéressent au marché. Mais avant de revenir sur cet engouement, il faut tenter de l’évaluer. En effet, les estimations sont très disparates. En 2004 par exemple, le marché domotique français représentait 600 millions d’euros selon le cabinet Basic, qui prévoyait de passer à 877 millions en 2009. Quant au cabinet britannique BSRIA, il évaluait le marché européen à seulement 487 millions en 2012, tandis que le cabinet Coda Stratégies l’estimait à 6 milliards pour 2013… Devant un tel écart entre les données (et il y en a bien d’autres…), bien malin qui saurait évaluer de manière exacte le marché de la domotique. Ce qui attire pourtant les convoitises.

En France, une première nouvelle catégorie d’acteurs fait son arrivée à partir de 2011 : les fournisseurs d’accès à Internet (FAI). Le premier est Bouygues Télécom, qui, après une alliance avec la société spécialisée Ijenko, lance en juillet un boîtier relié à la BBox. Ce dernier offre des options de surveillance (détecteur d’ouverture et de fermeture des portes, capteur d’humidité) et de confort (contrôle d’objets connectés). Dans la foulée, Orange et SFR commercialisent des offres similaires, qui s’amélioreront à chaque nouvelle box mais restent essentiellement concentrées sur la surveillance.

Le deuxième point de bascule s’effectue en 2014, quand les géants d’Internet débarquent. En janvier, deux évènements ont coup sur coup fait basculer le monde de la domotique. Tout d’abord, lorsque Samsung annonce le lancement de Smart Home. Cette offre est alors révolutionnaire car elle permet, d’une part, de coupler services domotiques de confort (lumière, électroménagers) et de surveillance, et d’autre part, de contrôler le tout via une application ! L’autre annonce concerne Google et le rachat de Nestpour 2,3 milliards de dollars. Peu connue en Europe, Nest commercialise depuis 2011 des détecteurs de fumée et des thermostats intelligents, contrôlables via un smartphone. Avec cette acquisition, Google affiche ses ambitions dans  le secteur domotique, ambitions confirmées en juin 2014 avec le rachat de Dropcam (spécialiste des caméras connectées en Wi-Fi) pour 409 millions d’euros. Afin de contrer ses deux rivaux historiques, Apple s’est à son tour lancé avec sa solution Homekit, présentée fin juin.

Ainsi, il y a encore quelques années, la domotique était l’affaire d’entreprises spécialisées. Désormais, les FAI et les géants du web s’en emparent graduellement, transformant la maison en un véritable champ de bataille. 

Le BTP et la domotique : tradition mortifère ou sursaut salvateur ? 

La problématique de la maison connectée n’est qu’un des enjeux de la révolution numérique en cours actuellement et dont le BTP doit avoir conscience : pas pour en parler indéfiniment mais pour agir. En effet, l’arrivée de nouveaux acteurs ultra-puissantsdans ce qui a toujours été son pré-carré (la maison et le bâti en général) constitue une menace. L’histoire récente montre en effet à quel point la technologie numérique est capable de s’insérer dans n’importe quel domaine et le chambouler, obligeant ses acteurs traditionnels à s’adapter ou à disparaitre.

L’analogie avec les opérateurs téléphoniques est intéressante pour comprendre le danger qui guette le BTP : lorsque les smartphones ont commencé à apparaitre, l’abonnement téléphone/internet était assez élevé. Puis, ce même abonnement a permis de télécharger des applications grâce auxquelles les utilisateurs (de plus en plus nombreux, 24 millions en 2013) pouvaient envoyer des messages et téléphoner gratuitement dans le monde entier. Si bien que depuis 2010, les opérateurs connaissent une baisse continue de leurs chiffres d’affaires. Mais le risque va bien au-delà : les consommateurs voient de plus en plus WhatsApp, Skype ou encore les différents services de Google et Apple comme les principaux fournisseurs, relayant les opérateurs d’hier à des solutions de second rang. Les plus naïfs trouveront la comparaison osée entre un abonnement téléphonique à une trentaine d’euros et la construction d’une maison, mais la logique est bel et bien transposable.

La conception classique de l’univers de la maison est aujourd’hui « bâti-centrée », c’est-à-dire que la maison au sens stricte, quatre murs et un toit, est le cœur de la réflexion relative à son aménagement intérieur. Ce rôle est celui de l’architecte, coordonnant le travail de l’électricien, du plombier, du chauffagiste… tous chargés d’équiper la maison. Mais la maison de demain ne se définira-t-elle pas justement par tous ses équipements, au point d’être non pas bâti mais techno-centrée ?

Supposons, par exemple, que Google, Apple ou Samsung, arrivent à développer un système tellement sophistiqué qu’il passe avant la maison elle-même dans la tête de la personne cherchant un logement. La chaine de valeur se trouve alors totalement bousculée, conduisant à terme à une inversion totale des rôles : la domotique, autrefois outil de confort, deviendrait la préoccupation principale. Par la même occasion, l’entreprise fournissant le système prendrait le pas sur les constructeurs, qui seraient alors en concurrence pour avoir le « privilège » de construire des maisons Google/Samsung/Apple…

Bien sûr, ceci n’est qu’une réflexion mais les acteurs historiques du BTP, encore trop centrés sur leur corps de métier classique, doivent bien comprendre le danger qui les guette et évoluer. A titre d’exemple, les taxis n’ont pas intégré l’apport des nouvelles technologies de géolocalisation car rien ne les forçaient à évoluer. L’arrivée des VTC leur a donné tort. L’exemple du monopole des constructeurs automobiles, menacés par la voiture connectée, est également intéressant. Aujourd’hui, Google s’invite dans la maison avec de plus en plus de services. Mais pourquoi la firme californienne ne construirait-elle pas elle-même des maisons, dont ses technologies seraient le cœur ?

La domotique n’est donc pas une simple révolution technologique facilitant la vie de ses usagers. Comme toute innovation technologique, elle bouleverse un secteur entier et, si ses acteurs historiques ne (com)prennent pas le virage qui s’opère, voire l’impulsent, ils risquent de disparaitre.

A bon entendeur…

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